L’IPCM se mobilise pour la diffusion de la culture scientifique auprès du grand public

Et si la science et les scientifiques franchissaient les murs du laboratoire pour aller à la rencontre du public ? Démystifier le monde de la recherche en ouvrant également les portes des laboratoires pour montrer la science en train de se faire font partie des missions des organismes de recherche publique. L’IPCM se mobilise pour contribuer à cette mission et répondre aux attentes d’un large public toujours curieux dont l’appétence est bien connue des acteurs de la médiation scientifique.

Lydia Sosa-Vargas et son équipe de médiateurs doctorants et post doctorants à l’occasion de la Fête de la science 2023 sur le campus Pierre et Marie Curie / Sorbonne Université. © Lydia Sosa-Vargas

En témoignent de nombreuses initiatives des collègues de l’IPCM, individuelles ou collectives, qui participent à cette construction de la société de la connaissance. Mais pas uniquement ! C’est également pour les membres de l’institut l’occasion d’expliquer les métiers de la chimie et de faire rayonner la chimie moléculaire.
Ateliers scientifiques pour des évènements comme la fête de la science, interventions en milieu scolaire de l’école élémentaire au lycée, visites des laboratoires, conférences scientifiques… Les rendez-vous ne manquent pas pour nouer le dialogue avec le public.  Et à toutes ces occasions, l’IPCM répond présent.
Le village de la chimie, une manifestation tournée vers les scolaires et le grand public rassemble les acteurs académiques et industriels du monde de la chimie les 1-2 mars 2024 à Montreuil. L’IPCM y accompagne le CNRS en proposant des ateliers de sensibilisation aux sciences chimiques.
Les collègues mobilisés pour cet évènement nous expliquent ce qui motive leur engagement dans la diffusion de la culture scientifique. L’occasion pour eux de faire naître des vocations chez les collègues ?  Interview !

La Résonance magnétique nucléaire (RMN) présentée à un groupe de scolaires. © IPCM

Quel type d’interventions proposez-vous pour sensibiliser les non spécialistes ?

Alexandre Pradal : Pour le Village de la chimie 2024, année des Jeux olympiques de Paris, nous nous intéresserons à quelques molécules organiques importantes de notre organisme et à leur production lors d’un effort physique. Il s’agit d’une expérience relativement simple pour laquelle tout le monde peut trouver la bonne conclusion en faisant simplement appel à son bon sens. Cette expérience sera également l’occasion de faire découvrir la démarche scientifique et la manière dont les scientifiques imaginent des expériences pour les confronter à une hypothèse.

Valérie Marvaud :  L’objectif du stand est de présenter à tout public le métier de chimiste en insistant sur les différentes étapes de fabrication d’un produit : synthèse, purification, caractérisations, propriétés. Pour illustrer ce discours, nous utilisons le chimopoly, des jeux sur la classification périodique des éléments ainsi que des expériences ludiques telles que l’encre magique. En cette année 2024, année des jeux olympiques, une attention particulière sera portée aux métaux et l’or en particulier (fabrication du laiton). L’occasion d’évoquer les découvertes récentes qui ont mené à la création de la start-up Auressens !

Lydia Sosa-Vargas : Pour cette édition 2024 du village de la chimie, notre activité se concentre sur les matériaux polymères. Avec quelques étudiants en thèse, notre objectif est de sensibiliser le public à ce type de matériaux qui, ces dernières années, ont fait l’objet de vives critiques en raison de leur impact négatif sur l’environnement. Je veux m’assurer que le public comprend mieux la chimie qui les sous-tend, leur utilité dans notre vie quotidienne et ce que nous, les scientifiques, développons dans ce domaine. Il n’y a pas d’âge pour apprendre ; la chimie est fascinante et je veux partager ma passion avec tout le monde. Notre principal travail consiste à faire en sorte qu’elle soit accessible à tous, indépendamment de l’âge, du niveau d’éducation ou de la langue !

Jeremy Forté : Grâce à l’atelier « La diffraction pour voir dans les cristaux », nous pouvons présenter au public la cristallographie, une discipline assez méconnue et pourtant à l’interface entre plusieurs domaines scientifiques : chimie, biologie, physique, …. Nous racontons une histoire interactive en partant de ce que le public connait le mieux : son quotidien !   Où trouve-t-on des cristaux ? Le sucre est la source d’énergie des sportifs (et des moins sportifs) mais à quoi ressemble l’intérieur d’un grain de sucre ? Comment peut-on « voir » la molécule de saccharose ? A travers des définitions simples, des objets du quotidien, de l’humour, des images, des anecdotes et des expériences, nous montrons au public que les cristaux sont présents à des endroits insoupçonnés. Et nous lui dévoilons comment, dans le monde de l’infiniment petit, la diffraction des rayons X nous permet de voir l’arrangement des atomes dans ces structures ordonnées.

Régina Maruchenko : En collaboration avec la plateforme RMN (Résonance magnétique nucléaire) de Sorbonne Université, je participe à différents évènements annuels pour le grand public comme le Village de la chimie et la Fête de la science ou à des évènements pour un public plus ciblé comme lors les journées thématiques Profs en Fac. L’objectif reste le même : faire découvrir les métiers d’appui à la recherche, leurs défis ainsi que toute la science qui se cache derrière. Après la synthèse d’un composé, l’analyse structurale est primordiale pour confirmer l’obtention du produit souhaité. La RMN est une technique complexe mais très puissante pour atteindre ce but. Sous forme de présentation, d’atelier ou stand, à travers des exemples simples d’application, j’essaie de faire comprendre le fonctionnement de cette technique et tout l’enjeu de la caractérisation d’un produit chimique.

Atelier pour les scolaires. © Valérie Marvaud

Comment choisissez-vous les sujets que vous abordez au cours de vos interventions ?

VM : Je m’inspire des conférences que je fais au jeune public (écoliers, collégiens ou lycéens) lors d’interventions scolaires et je choisis des expériences à la fois ludiques et spectaculaires. L’idée est de construire une histoire que l’on adapte à son public et qui donne une image positive de la chimie. Le message est également centré sur le rôle du chercheur face aux grands enjeux sociétaux (nouveaux matériaux, santé, énergie, …) et sur le fait que la chimie combine à la fois expérience et réflexion.  

LSV : Le grand public se fait souvent une idée fausse de la chimie et de la science en général. Je cherche des moyens de les dissiper. Je choisis généralement des sujets proches de mes compétences, mais l’essentiel est d’essayer de les placer dans un contexte plus général lié aux problèmes mondiaux actuels.

AP : Tout dépend du type d’intervention. Pour la Fête de la science par exemple, nous essayons de rester à la fois proches de nos compétences et thèmes de recherche tout en respectant la thématique nationale. Pour d’autres événements comme le Village de la chimie, l’idée est d’intéresser ou captiver les visiteurs. Pour cela, quoi de mieux qu’une expérience spectaculaire ?

JF : Rien n’est figé, nous adaptons l’atelier sur la cristallographie au public ciblé en essayant de répondre au mieux à ses attentes, dans un langage accessible. J’essaie d’introduire des exemples nouveaux issus de l’actualité. Conçu au départ pour un public plutôt adulte, il est parfaitement modulable pour des scolaires.

RM : Le choix du sujet se fait après un brainstorming collaboratif suite aux propositions de chacun. Quels sont les sujets d’actualité ? Quel est le public visé ? Quelles idées innovantes/nouvelles pouvons-nous partager ? Quelles informations souhaitons-nous que nos interlocuteurs retiennent ? Plus les sujets choisis sont lié au quotidien du public, plus sa curiosité est stimulée et plus cela contribue à une prise de conscience que la science est omniprésente et bien plus accessible qu’on ne l’imagine.

Alexandre Pradal à l’édition 2023 du Village de la chimie© Droits réservés

Est-ce difficile de mener de front recherche et/ou enseignement et démarches de médiation? Pourquoi cet engagement dans ces actions? ?

LSV : C’est parfois difficile, surtout lorsque ce type d’activités n’est pas valorisé par nos pairs ; heureusement, les choses changent. En ce qui me concerne, j’estime que nous avons la responsabilité de partager avec le public qui finance nos recherches les résultats de nos travaux et la manière dont ils contribuent au bien-être des individus. Participer à des activités de vulgarisation/médiation scientifique est également très gratifiant. Nous avons un rôle important à jouer pour motiver les jeunes générations à s’intéresser à la chimie et à satisfaire en même temps leur curiosité.

AP : Cela peut parfois être difficile, tout est une question d’organisation. L’objectif de ces activités de médiation scientifique est de montrer un peu de sciences au grand public. A travers des expériences ludiques, nous pouvons ensuite parler de manière simple de nos projets de recherche et expliquer en quoi ils peuvent impacter la vie quotidienne. La principale motivation pour s’engager dans des actions de médiation scientifique est de pouvoir parler de sciences avec le plus de monde possible. De plus, cela fait partie de notre mission de service public. Comme ce sont les impôts des citoyens qui financent la majeure partie de nos travaux de recherche, il est bien normal qu’ils sachent comment et pour quoi nous utilisons cet argent.

VM : Ma motivation part du constat que la culture générale scientifique est souvent délaissée. Or l’histoire des sciences et des découvertes est fascinante pour tout public si on prend le temps de l’expliquer avec des mots adaptés. Tous les enfants sont sensibles aux expériences et rien ne remplace l’émerveillement que l’on perçoit sur leur visage quand ils enfilent leur petite blouse blanche et qu’ils ramènent fièrement à la maison le produit qu’ils ont fabriqués en expliquant à leurs parents ce qu’ils ont compris de la chimie. Ce qui est vrai pour les petits l’est aussi pour les plus grands. Ces interventions sont aussi l’occasion d’expliquer aux enfants que les sciences sont ouvertes à tous, filles et garçons, et à tous niveaux de qualification ! Le CNRS nous encourage à mener ces missions de médiation que je réalise toujours avec plaisir, même si, par manque de temps ou de soutien, c’est parfois au détriment d’autres priorités.

JF : Mener de front l’animation d’évènements de médiation scientifique et travail au laboratoire est tout à fait possible tant que ces évènements restent peu nombreux. Ce qui est le cas et le restera si nous sommes de plus en plus nombreux à participer.  Ces moments d’échange avec le public sont indispensables pour partager la science qui est réalisée, montrer ses bienfaits mais aussi ses faiblesses… Bien que cette activité de médiation scientifique soit encore trop peu valorisée par nos tutelles, mon amour des sciences dont la cristallographie, mon plaisir de voir s’illuminer les yeux de l’auditoire, mon engagement dans les missions qui sont les nôtres comme fonctionnaires de l’état m’incitent à poursuivre et développer encore cette activité.  

RM : La médiation scientifique est un moyen pour moi de rendre la science accessible au grand public . Jeune, j’ai très vite été attirée par les sciences et plus particulièrement par la recherche. Un monde encore très mal connu pour un large public. Expliquer ce que notre travail implique, comprendre son fonctionnement, les thématiques actuelles, les enjeux et les applications me semble donc tout particulièrement important. Participer à des actions de vulgarisation scientifique contribue aussi à éveiller la curiosité des jeunes générations et à faire en sorte qu’elles découvrent un monde qu’elles ne connaissaient pas, ou mal. Cela pourra peut-être les aider à trouver le meilleur parcours et/ou susciter des vocations chez certains !

Jérémy FORTÉ

Assistant ingénieur CNRS en diffraction des rayons X

Valérie MARVAUD

Chercheuse CNRS en chimie inorganique moléculaire

Lydia SOSA-VARGAS

Chercheuse en chimie des polymères

Régina MARUCHENKO

Ingénieure d’étude en Résonance magnétique nucléaire (RMN)

Alexandre PRADAL

Chercheur CNRS en chimie organique