Marc Robert rejoint la liste 2023 des “Highly Cited Researchers”

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Chaque année, Clarivate* identifie à travers le monde les chercheurs et chercheuses les plus influents dans leur domaine de recherche. Les quelques scientifiques sélectionnés sont auteurs de plusieurs Highly Cited Papers.™ Ces articles à fort impact se classent parmi les 1 % les plus cités pour leur domaine au cours des dix dernières années. Après Didier Astruc, Marc Robert, enseignant-chercheur au Laboratoire d’électrochimie moléculaire (CNRS / Université Paris-Cité) est le deuxième français à intégrer cette « short list » en chimie. A cette occasion, il répond à nos questions.

En 2023, vous êtes parmi les 0.1% des scientifiques dont les publications ont été les plus citées au cours des dix dernières années. Une reconnaissance importante pour vous et votre équipe ?

Cette distinction récompense avant tout les travaux de toute une équipe, et une récompense est toujours source de satisfaction. Mais elle revêt aussi pour moi un caractère tout particulier parce que cette analyse de la production scientifique sur les dix dernières années, via ce nombre de citation, récompense un travail sur le moyen et long terme, temps nécessaire pour développer une recherche au départ purement fondamentale. Nos travaux, très en amont de l’application, portent sur la nature même de la réactivité d’une liaison chimique et sa compréhension. C’est une étape incontournable si l’on cherche à rompre ces liaisons de manière contrôlée pour obtenir des produits d’intérêt. Prenons par exemple le cas du CO2. Tous les travaux menés par l’équipe sur les mécanismes à mettre en jeu pour activer cette molécule particulièrement inerte afin de pouvoir la transformer ont fini par trouver un écho dans la communauté scientifique. C’est en effet grâce à ces travaux très en amont que les scientifiques ont pu imaginer de nouveaux outils performants pour réaliser cette transformation. Sans ce socle de connaissances très fondamentales, il est probable que l’on ne ferait pas le dixième de ce que l’on sait réaliser actuellement pour activer le CO2.

Mais attention, nos missions ne se limitent pas à la production de connaissances. La curiosité, le besoin de mieux comprendre comment fonctionne le monde dans lequel nous vivons, ces questionnements fondamentaux qui motivent nos travaux ne doivent pas rester confinés dans les espaces dédiés que sont les laboratoires de recherche. Bien au contraire, et c’est notre rôle de participer à leur diffusion.

Les travaux des scientifiques doivent sortir du milieu académique pour nourrir les questionnements sociétaux et contribuer aux avancées technologiques. J’ai également constaté qu’aller vers l’application nécessite d’intégrer à notre réflexion des paramètres économiques, sociaux, voire des pratiques culturelles, qui font naître de nouvelles questions fondamentales nous ramenant sans cesse à notre cœur de métier. Ce transfert des connaissances vers le milieu industriel est une source de financement importante qu’on ne peut pas négliger, dans un contexte budgétaire très contraint, même pour un sujet en vogue comme la valorisation du CO2.

Vous dites que la recherche fondamentale doit sortir des laboratoires. Plus généralement, comment voyez-vous le rôle du scientifique dans l’espace public ?

Notre rôle ne se limite pas à la production de connaissances. Ces connaissances doivent devenir de véritables outils dont les citoyens se saisissent pour participer à la construction de leur avenir. Je ne parle pas d’un simple transfert d’information à caractère purement scientifique. L’image du savoir scientifique qui illumine le monde n’a plus de sens et n’en a probablement jamais eu. Loin de détenir la vérité, nous tentons simplement de progresser dans la compréhension du monde qui nous entoure. Mais nous devons aller plus loin en aiguisant la curiosité du plus grand nombre, et en accompagnant les populations dans la métabolisation des savoirs produits dans les laboratoires.

Tout ceci est particulièrement important pour les sujets de recherche à fort impact sociétal comme c’est le cas de la valorisation du CO2. Si nous voulons conserver notre rôle d’expert en montrant les bénéfices que l’on peut tirer de nos recherches, nous devons intégrer à notre réflexion et à notre discours le contexte politique, socio-économique mais aussi culturel, de manière à engager une réflexion collective menant aux choix technologiques qui seront faits. Transmettre nos savoirs aux citoyens pour qu’ils puissent être associés aux décisions qui impacteront leur avenir, mais aussi aux représentants politiques ou aux acteurs socio-économiques, est une de nos missions. Une co-construction des savoirs pour une co-construction des solutions…

Parlons justement des solutions que vous évoquez. Les recherches menées sur la valorisation du CO2 sont nombreuses, dynamisées par les enjeux climatiques liés à sa surproduction. Pensez-vous qu’elles permettront, à terme, de parvenir à un équilibre entre nos besoins énergétiques et les modes de production mis en œuvre pour y répondre ?

La science à elle seule ne peut pas tout. Plusieurs leviers peuvent être actionnés pour atteindre cet objectif. Les industries, à l’origine d’environ 20% des gaz à effets de serre anthropiques, doivent tout d’abord réduire leurs émissions. Les scientifiques sont force de proposition pour les accompagner dans cette démarche que ce soit pour la fabrication de médicaments et de matériaux plus vertueux ou pour l’utilisation d’énergies renouvelables. Il est également nécessaire de mettre en place une économie circulaire où l’usage, le cycle de vie, les possibilités de recyclage, doivent être pris en compte dès la conception du produit, en intégrant le respect de l’environnement à chaque étape de la conception. Enfin, s’affranchir des énergies fossiles et se tourner résolument vers une utilisation à grande échelle de l’énergie solaire pourrait parfaitement couvrir l’essentiel de nos besoins. Dans ce domaine, les recherches menées actuellement sur la transformation du CO2 par l’énergie solaire en carburant sont particulièrement actives. Elles pourraient permettre, à terme, de stocker efficacement et à grande échelle cette énergie. La porte ouverte vers son utilisation massive…

* WebClarivate, leader mondial dans l’analyse des données publiés sur le web, a pour ambition d’améliorer la façon dont le monde crée, protège et fait progresser l’innovation.

Contact : Marc Robert